Relevés de contrats de mariages, notaires de lyon et du lyonnais, XVI-XVII Siècles Lyon et lyonnais XVI – XVIIème siècle
   

 

Curiosités & Origines lointaines
issues de cette base de contrats de mariage

   
es métiers insolites et origines lointaines

 


Métiers insolites, spécialités locales et autres curiosités

Faiseurs de saucisses de Bologne

La tradition culinaire et charcutière de la ville de Lyon est connue et reconnue depuis longtemps. Ainsi, les bouchers étaient nombreux dans la ville, concerntrés dans de grands secteurs : Boucherie St-Georges, de la Lanterne, de l'Hôpital... Ils étaient accompagnés de nombreux trippiers et autres "chaircuitiers". Avec ces "faiseurs de saucisses de Bologne", croisés dans un contrat de mariage fin XVIe (contrat de mariage VERNEY x SANCTY), nous retrouvons là l'influence du nord de l'Italie, qui n'amena pas dans la cité Lyonnaise que grands négociants et riches banquiers, mais aussi de nombreux artisans qui importèrent leurs spécialités.

Fabricant d'or de Milan

Dans les années 1668-69 fut établie à Lyon une fabrique d'or filé à la façon de Milan (fils d'or qui étaient réputés les plus beaux) par une dénommé André CLOUTIER. Cette activité occupa rapidement de nombreux ouvriers et fabricants sur cette fin de XVIIe siècle. Plusieurs contrats de mariages contenus dans cette base concernent ces fabricants d'or de Milan, notamment le contrat passé entre Pierre RIBON et Angélique BLANC

Les "sapiniers" de Couzon (au Mont d'or)

A l'occasion de mes travaux de relevés de contrats de mariages à grande échelle, cette profession avait attiré mon attention, car je l'ai rencontré exclusivement à Couzon au Mont d'Or. Ce village était le siège d'une activité importante d'extraction de la célèbre pierre dorée, auquel les Monts d'Or doivent leur nom. Le sapiniers, ou fabricants de "sapine", fournissaient toutes les pièces de sapin nécessaires au levage et au transport des lourds blocs de pierre : les épaisses planches des échafaudages, les mats pour les engins de levage et enfin les embarcations à fonds plat, qui permettaient leur convoyage sur la Saône, principalement vers Lyon. Cette activité était exercée par plusieurs dizaines de familles à Couzon, car tous ces produits, soumis à une usure intense, devaient être renouvelés fréquemment.

Les "maîtres rhabilleurs des fractures des corps humains"

Encore un métier bien spécifique, mais contrairement au précédent, qui était rattaché à un lieu, celui-ci l'était à une famille. En effet, quasiment tous ceux qui l'exerçaient, dès le milieu du XVIe siècle étaient plus ou moins liés à la famille CAILLOT, originaire du Suc, hameau de Châtillon d'Azergues. Outre les Caillot eux-même, rhabilleurs des fractures des corps humains au Suc, de père en fils durant plus de 200 ans, les autres membres de la famille ou apparentés ont exercé cette profession dans un triangle délimité par Tarare, Villefranche et Lyon. Je n'en dis pas plus sur le contenu de cette profession, car son simple libellé, "à rallonge", exprime déjà bien le détail de leur activité.

Les "thuilliers" en Lyonnais

La fabrication de tuiles était elle-aussi une activité assez concentrée géographiquement. A travers nos relevés de contrat de mariages, il a été identifié deux centres de production principaux. Tout d'abord Loire et quelques villages environants, dont le métier de thuillier était une vraie spécialité. L'autre centre dans notre petite région était le village d'Alix. Sur cette activité, il faut ajouter que dans la seconde moitié du XVIIe siècle, on voit arriver à Neuville quelques thuilliers (depuis les centres pré-cités), sans doute employés par l'archevèque Villeroy. Celui-ci a considérablement développé le centre de Vimy, qui a pris le nom de sa famille, non seulement par ses importants travaux et constructions, mais aussi par l'implantations d'industries, telles que la fabrique de soieries.

Rencontre sur le chemin de St-Jacques de Compostelle

Une des voies importante du pélerinage vers St-Jacques de Compostelle a toujours passé par la ville de Lyon. Ce pélerinage était très fréquenté sous l'ancien Régime. On sera néanmoins surpris que ce pélerinage soit l'occasion de rencontres à l'origine de relations matrimoniales. C'est pourtant ce que démontre le contrat de mariage DEVALER x DEBRASSIET, tous deux "à présent pélerins de St-Jacques". Ces nouveaux époux sont pourtant d'origines géographique et sociale assez différentes : lui cordonnier de Tours et elle fille d'un capitaine du Guet de Toulouse !

Le curieux mariage d'un gentilhomme mutilé

Il faut avoir la curiosité de lire jusqu'à la fin le contrat de mariage entre Pierre DEFFORSA et Françoise BREVAL pour y découvrir ce détail rarissime dans ce type d'acte. Le notaire y précise, au sujet de l'époux (par ailleurs gentilhomme romain)  qu'il n'a pas pu signer en bas de l'acte, " bien qu'il aye déclaré le scavoir, pour avoir eu les deux poings coupés en Turquie où il a été prisonnier par les ennemis de nostre religion". Comment ce noble romain mutilé s'est retrouvé à se marier à Lyon ? Quel furent son étonnant périple et les raisons de sa captivité ?...l'histoire ne le précise pas.

 

Des origines lointaines

La ville de Lyon, et le lyonnais dans une moindre mesure, a toujours fondé sa réputation et sa prospérité sur le commerce. C'est sa nature de ville de passage, au confluent du Rhône et de la Saône, carrefour de nombreuses voies de communications européennes, qui y a amené bon nombre des ses principales activités, parmis lesquelles la banque et les soieries. On ne sera pas étonné, alors, de trouver, dans cette base de contrats de mariages, les marchands et artisans qui venaient s'installer à Lyon, depuis l'Italie, la Suisse, la Belgique ou  l'Allemagne, mais aussi depuis les autres métropoles commerçantes ou industrielles françaises : Troyes, Reims, Paris, Rouen, Avignon...

Pour les découvrir dans notre base de contrat de mariage, il suffit de faire une recherche par lieu. Choisissez le département concerné, puis la ville, ou bien, pour les pays, en sélectionnant celui recherché parmis ceux qui figurent en fin de la liste des départements.

Lyon était également cette métropole provinciale qui drainait des populations venant des provinces alentours : Lyonnais, Dauphiné, Forez et Savoie en premier lieu, mais aussi la Bourgogne, le Velay ou les vallées alpines. Lors d'un recensement des habitants en 1597 (cf ouvrage d'O.Zeller, Les Recensements Lyonnais de 1597 et 1636), il apparait ainsi que c'est entre un quart et un tiers de sa population qui provient des états de Savoie (incluant à l'époque les pays de l'Ain : la Savoie s'arrête alors aux portes de Lyon, à Miribel !). Les contrats de mariage sont naturellement le fidèle écho des ces apports massifs de population.

J'ai néanmoins rencontré dans ces contrats de mariage des origines franchement "exotiques" dont je vous livrerai régulièrement quelques exemples choisis, les contrats de mariage correspondant sont, bien entendu, dans la base qui vous est proposée ici.

Cacha en Transylvanie

C'est le fils d'un des 12 conseillers de cette ville de Cacha "en Transylvanie" qui passe un contrat à Lyon, un dénommé RYRMEYER.

"Gastemalle en Inde"

C'est l'origine d'un des époux indiqué dans le contrat de mariage entre Antoine DESCHAMPS et Françoise DAVERON.

"Aultraye", aux Pays Bas

On est moins surpris d'y découvrir l'origine de l'époux dans le contrat de mariage entre Thomas SKEUYFF ou KUYFF et Jeanne CHAMBARD.

Un turc de Constantinople, "capitale le Turquie"

C'est l'origine de l'époux, François CLAIRE ou CLAIR, marié avec Jeanne GUILLARD. Leur contrat de mariage fournit par ailleurs de nombreux détails sur cette origine, puisqu'on y apprend qu'il a été "catolizé" et  a "cy-devant adjuré la religion turquesque au moyen et par vertu de son acte baptistaire fait par le Sieur curé de Valence en Dauphiné où estoient ses parrains et marraines fut Monseigneur François BOCHARD DE CHAMPIGNY et Dame Claire DE MORGES qui lui ont imposés leurs noms et surnoms." C'est pratique courrante de donner un nouveau nom dans ce cas, et nous avons ici le détail de la procédure ! Peut-être que son acte de baptême préciserait son ancien nom turc...

Cork en Irlande

Encore une origine bien éloignée de Lyon pour Jacques DELAVALLETTE, marié avec Jeanne MERMOT, origine dévoilée à la lecture de son contrat de mariage.

 

 

 Voilà, pour l'instant, ces quelques illustrations pour votre rubrique "Curiosités", glanées à travers cette base de contrats de mariage. Je l'alimenterai régulièrement de nouveaux exemples, au fur et à mesure des travaux de dépouillement et de mise en ligne.

Bertrand GUYOT
Responsable d'Archives Multimédia et auteur des relevés